samedi 28 mars 2026


Blanc - Une première fois




Temps de pause, pour Mathilde... Assise à la cuisine, et sirotant un nouveau petit café, elle passe en revue sur son calendrier, les tâches à venir ces prochains jours. Les musiques de la radio lui tiennent gentiment compagnie lorsque l’intervention d’une journaliste attire son attention. Il y est question du Parthénon :


« Les visiteurs  pourront à nouveau jouir d’un spectacle qui n’a plus été vu depuis des décennies.

En effet, les échafaudages qui cachaient les structures du Parthénon pendant les travaux de restauration ont été définitivement  enlevés! »


Il ne s’agit là que d’une petite info de dernière minute mais elle fait tilt dans la tête de Mathilde.

Sa mémoire réagit et la replonge avec nostalgie cinquante ans en arrière.

Elle avait dix-neuf  ans, fraîchement diplômée de l’Ecole Normale, jeune institutrice avec l’avenir devant elle, et l’envie irrépressible  de poursuivre une formation complémentaire à l’université. Un rêve malheureusement vite avorté car le minerval s'avérait trop élevé pour les revenus modestes de ses parents.

Néanmoins sensibles et généreux, ces parents! 

Puisque leur fille penchait si fort pour les langues gréco latines - ces cours qu’elle avait absolument voulu suivre  de manière facultative - ils avaient décidé de lui faire cadeau d’un voyage en Grèce. Oh, bonheur!

L'expédition cependant  avait été loin d'être de tout repos . Le trajet en train Bruxelles-Brindisi, à l’extrême sud de l’Italie, avait duré tout une journée, pour embarquer ensuite dans un bateau jusqu’au Pirée. 

Il faisait beau, il faisait chaud, elle avait eu soif et, jeune insouciante, elle s’était largement désaltérée avec l’eau du robinet de la cabine. Résultat : une effroyable courante!

Rien de tout cela pourtant ne l’avait empêchée de tomber en extase  en découvrant les imposants rochers de l’Acropole, surplombés par les vestiges du Panthéon. Le Club Med qui la prenait en charge, lui avait ensuite fait découvrir, jour après jour, les autres grands sites archéologiques du pays, Olympie, Mycènes, Delphes et, en fin de périple … le Théâtre d’Epidaure, réputé pour son acoustique saisissante. Magique!

Construit à flanc de colline, 350 ans avant Jesus Christ en l’honneur du dieu médecin Asclepios… Un flot de souvenirs et d'émotions inonde la tête de Mathilde de manière inattendue.

Ni une ni deux, elle quitte calendrier et café, et monte à l'étage vers son bureau farfouiller dans ses albums de photos.

Ah, elle est bien, là, la photo! 

Et, elle aussi, est bien là, assise tout en haut des gradins, surplombant  la totalité du théâtre, visage ébloui, regard tourné vers l’horizon, vers cette mer qui n’en finit pas, vers le soleil, vers l’avenir…


6 commentaires:

  1. Bonjour Micheline,
    Le lecteur attentif retrouve tes "dadas" : cafés du matin, voyages en train, photographies... Même si la photo de cet épisode est sans doute voulu par la consigne.
    L'évocation de la Grèce est séduisante, loin d'un guide touristique; ce qui était l'écueil à éviter. Bravo !
    Un voyage de rêve même s'il débute par "une courante effroyable" !
    Je trouve très forte l'image finale de la jeune Mathilde assise sur les gradins d'un théâtre et regardant l'avenir avec confiance, attendant de voir se dérouler la sienne sur la scène de la vie...
    Minuscule détail : ce voyage doit tout de même coûter plus cher qu'un minerval d'univ ? Au vu des manifs actuelles, certainement pas !!!
    Un beau texte, enfin plus long que tes petits épisodes certes captivants mais frustrants par leur brièveté. Fluide aussi et très personnel qui se termine sur une image d'optimisme.
    Re-Bravo !
    Et si malgré une vie apparemment réussie, Mathilde décidait brutalement de tout envoyer promener, lapin, petits-enfants etc pour se cloîtrer dans un ashram ?
    Et si malgré une famille très présente, elle décidait de leur écrire son autobiographie ou une lettre personnelle à chacun en guise de testament affectif ?
    Je me demande comment tu vas conclure cette série d'épisodes qui évoquent très justement une quotidienneté bien vécue...
    Amicalement,
    Jan.

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  2. Bonjour Micheline,

    Parthénon sur l’Acropole et Palais de Justice construit là où se situaient les gibets, même combat gagné par les Grecs !

    Comme la plupart d’entre nous, j’ai eu la chance de parcourir la Grèce à plusieurs reprises. J’ai le souvenir du Théâtre d’Epidaure dans le Péloponnèse dont la réputation de l’acoustique n’est plus à faire. Cependant, mais la mémoire est trompeuse, je ne me rappelle pas que l’on puisse voir la mer du haut des gradins, impressionnants. Mais je me répète, la mémoire est trompeuse et, par ailleurs, je n’ai peut-être pas bien compris ce beau final.

    Quoiqu’il en soit, j’ai aimé l’ambiance qui se dégage de ce chapitre. Bravo et au plaisir de lire le final et de relire par la suite l’ensemble de ta nouvelle.

    Christian Vds

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  3. Et si en fin de compte un personnage qui fut très /trop proche s'affichait sur la photo prise 50 ans plus tôt?

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  4. Bonjour Micheline,
    On sent beaucoup de douceur et d' émotion dans ton texte.
    Le début du texte avec Mathilde dans la cuisine est tout à fait crédible. On s'y croit, l'ambiance est là. Puis, tu évoques le Parthenon et sa cascade de souvenirs... Tu évites bien e piège du récit scolaire, d'ailleurs tu évoques le problème de l'"effroyable courante ".
    La photo souvenir conclut très bien le texte. Montée en émotion. On voit l'image comme un arrêt sur plan. J'aime ta dernière phrase, elle est gage de belles promesses !
    Merci pour ce beau voyage en Grèce!
    Comment vas-tu clore ces moments de vie de Mathilde?
    Pourquoi pas l'idée de Christian qui me paraît alléchante?
    A très bientôt!
    Colette





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  5. Voyage en Grèce... cela fait rêver. Tous ces sites magnifiques. A-t-elle rencontré des grecs? Un grec? Une idylle? Va-t-elle y retourné? Chercher un amoureux? Qu'est-ce que cela provoque en elle? Cela me fait penser à Shirley Valentine, une pièce de théâtre qui commence dans une cuisine et se termine en Grèce!

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  6. Bonjour Micheline,

    Encore un petit texte sympathique qui nous montre Mathilde seule chez elle occupée par ses réflexions et ses souvenirs. Le souci est qu’on arrive tout à la fin du travail et qu’il n’est rien arrivé vraiment à Mathilde. Dans la plupart des textes, tu la montres se préparant à vivre, ou se reposant, mais rarement à vivant vraiment quelque chose. C’est un peu dommage.
    La seule intrusion du réel extérieur se trouve aux chapitre 2 et 3 avec l’arrivée de sa petite fille. Et là encore, tu ne nous apprends pas grand-chose sur les sentiments qu’éprouve Mathilde pour cette petite fille. La première fois, on a l’impression qu’elle la dérange et la deuxième fois qu’elle lui impose sa loi. Et que devient le lapin qu’on ne retrouve plus dans les chapitres suivants ?
    J’en arrive à me demander si Mathilde n’aurait pas un problème physique ou psychologique qui l’empêche de sortir de chez elle.
    Tu vas écrire ton dernier chapitre sous le signe du rouge et un bibelot sera lié à une épreuve. Mais l’essentiel est que ton dénouement donne une cohérence narrative à l’ensemble et que le lecteur comprenne pourquoi on a si souvent vu Mathilde se préparer à sortir sans l’avoir jamais vue dehors.
    Bon travail,
    Liliane

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